mar 09
2009Guy Carbonneau congédié, Bob Gainey tire « la plug»
Filed Under (Analyse) by Jean-Philippe on 09-03-2009
Tagged Under : Bob Gainey, Canadiens de Montréal, Centenaire, Guy Carbonneau
Alors que Guy Carbonneau était passé bien près de devenir l’entraîneur-chef de l’année la saison dernière, en conduisant son équipe à la première position dans l’Est avec 104 points, voici que le directeur général, Bob Gainey, a décidé de congédier celui qui passait pour être son protégé, suite à des résultats en dent de scie.

Personnellement, je reste étonné d’une telle décision. Étonné parce que même si les résultats du Canadien ne correspondent pas aux attentes que l’on s’était fixés en octobre, il ne faudrait pas oublier que l’équipe n’a pas été épargnée par les blessures… et pas des moindres : Saku Koivu, Alex Tanguay, Christopher Higgins, Robert Lang… qui ont manqué 10 à plus de 30 matchs pour certains cette saison.
Imaginez Boston, Washington, New-Jersey… avec leurs meilleurs éléments blessés aussi longtemps, pensez-vous que leurs résultats auraient été aussi bons ? Je ne le pense pas. Mais même avec certains des meilleurs pointeurs blessés, ce n’était pas la bonne saison pour se trouver des excuses. Ce n’était pas le bon moment pour risquer de manquer les séries… Année du Centenaire aidant, fin du plan quinquennal n’arrangeant pas les choses, personne n’imaginait pouvoir se satisfaire d’une simple participation aux séries cette année.
Pierre Boivin l’avait évoqué, lors du tournoi de golf du Canadien au mois de septembre, l’ambition de l’organisation est désormais de reconquérir la coupe Stanley cette saison. Dans le pire des cas, je pense que l’on aurait été tous satisfaits d’arriver en finale d"association, mais avec les derniers résultats de l’équipe, avec près de deux mois de passage à vide, le risque devenait trop grand de même manquer les séries, ce qui aurait été inacceptable, même avec tous ces blessés.
Évidemment, il y a aussi les détracteurs de Guy Carbonneau. Ceux qui évoquent différentes maladresses de la part de l’entraîneur-chef, voire même certaines lacunes. Certaines sont peut-être justifiées, d’autres le sont un peu moins, mais passons-les en revue :
Manque de communication
On le savait, Guy Carbonneau n’est pas un grand communicateur, l’intéressé le reconnaît d’ailleurs volontiers. Mais là où il peut y avoir un problème, c’est lorsque ces manques finissent par miner la cohésion de l’équipe et la confiance des joueurs.
Ainsi, on a parfois entendu que les joueurs ne savaient parfois pas s’ils allaient jouer le soir même et découvraient souvent la composition des trios sur le tableau du vestiaire avant l’échauffement, ou même en lisant les sites de RDS ou de CKAC ! Souvenons-nous aussi de Mathieu Dandenault, la saison passée, qui évoquait un certain malaise alors qu’il avait réalisé qu’il ne jouerait pas un soir parce que son équipement n’était pas à sa place… Personne ne l’avait prévenu.
On pourrait parler du cas Kovalev également. Est-ce qu’une meilleure communication entre le joueur russe et son entraîneur n’aurait pas permis de désamorcer la crise du mois dernier ? C’est certain que je n’excuse pas Kovalev, au contraire ! Quand on est payé 4.5 millions par année, que l’entraîneur vous plaise ou non, on reste professionnel et l’on donne son maximum à chaque présence sur la glace. Il y a bien du monde qui gagne le salaire minimum et qui doit composer avec des supérieurs qui ne leur plaisent pas nécessairement, sans chercher d’excuse pour moins bien travailler. Mais dans le cas de Kovalev, il reste qu’il aura fallu l’intervention de Bob Gainey pour calmer les choses.
Stratégies contestables
Le deuxième grief envers l’ancien entraîneur-chef du Canadien de Montréal, concerne ses stratégies de matchs. Changements de trios trop fréquents, usage des quatre lignes d’attaque quelque-soit les circonstances, sans oublier ce fameux match où l’on retrouvaient des défenseurs sur chacun des quatre trios d’attaque !
Certes, quand rien ne va, tous les entraîneurs cherchent à trouver des solutions et à provoquer des électrochocs. Mais admettons tout de même que cette solution était particulièrement surprenante et inusité.
Toujours du côté de ses stratégies, il était difficilement compréhensible de retrouver le trio de Lapierre, à la fin d’un match, alors que le CH tirait de l’arrière d’un seul point. On peut aimer l’effort et la constance de Lapierre, Kostopoulos et consort, mais dans ce genre de situation c’est d’un but dont l’équipe à besoin et la meilleure façon de compter un but, c’est bien en envoyant les meilleurs.
Bob Gainey d’ailleurs, lors de sa conférence de presse de 19h, a mentionné qu’il allait revoir le volet stratégique de l’équipe. Le fait qu’il évoque cela en premier, montre bien qu’il s’agit-là du principal problème du Canadien… sinon, pourquoi l’évoquer en partant, alors que François Gagnon lui demandait ce qu’il allait changer à la formation ?
Carbo le combattant
Lorsque Guy Carbonneau était joueur, puis capitaine du Canadien, s’était un vrai guerrier. Son effort était constant et son implication ressemblait beaucoup à celle que l’on a connue de la part du regretté Steve Bégin. En tant qu’entraîneur, il n’en attendait pas moins de la part de tous ses joueurs. Même si je trouve ça normal d’attendre le maximum de son équipe, la réalité est tout de même plus nuancée et le travail d’un entraîneur, c’est aussi de savoir composer avec des caractères, des attitudes, mais aussi des manques de motivation qu’il faut résoudre.
Guy Carbonneau s’attendait donc à toujours à retrouver une équipe à son image : intense, impliquée et combattante. Souvenez-vous de la fameuse déclaration de Guy Carbonneau, après une défaite cinglante face aux Red-Wings de Détroit, qui n’en revenait pas du manque de travail de son équipe. Même si bien des entraîneurs auraient peut-être réagis de la même manière, et cela aurait été compréhensible, cela illustre bien le niveau d’exigence qu’il a toujours attendu de ses joueurs.
Reste que je suis persuadé que cette décision est intimement liée aux attentes exprimées au début de la saison et au Centenaire du Canadien. Il était inconcevable, ni pour Bob Gainey, ni pour Pierre Boivin, ni pour l’ensemble des partisans du club de manquer les séries, ou même d’avoir une performance moyenne durant ces dernières, il fallait donc recadrer l’organisation et cela devait passer par un grand changement.
Le point tournant de la saison, pour Bob Gainey, était sans aucun doute la crise avec Kovalev et l’affaire Kostitsyn. Rappelez-vous en bien, c’est à peut près à partir de ce moment-là, que le directeur-général était beaucoup plus présent dans l’entourage de l’équipe, jusqu’à la rencontre avec Steve Bégin peu avant son départ. Est-ce qu’il souhaitait voir de lui-même comment cela se passait concrètement avec les joueurs, ou était-ce simplement une coïncidence ?
Mais quoi qu’il advienne, les dés sont jetés et Bob Gainey se retrouve au front, mettant donc ainsi son poste en jeu. Est-ce que cela suffira à redonner des ailes à l’équipe ? Réponse dans les prochaines semaines…

Entraîneurs-chefs du Canadien depuis la dernière coupe Stanley
- Jacques Demers (1992-1995)
- Mario Tremblay (1995-1997)
- Alain Vigneault (1997-2000)
- Michel Therrien (2000-2003)
- Claude Julien (2003-2006)
- Bob Gainey (2006 par intérim )
- Guy Carbonneau (2006-2009)
- Bob Gainey (2009 par intérim )
Pas moins de huit entraîneurs différents en près de quatorze ans, soit un entraîneur tous les deux ans. Je pense qu’une partie du problème demeure la stabilité de l’équipe.


